lundi 28 octobre 2013

Le vent

Acrylique

Le vent

Où est-il donc le vent?
Que je le prenne
Que je l´emmène
Le vent du Nord
Le vent qui mord
Le vent qui défait tes cheveux
Le vent qui vire tout à l´envers
Qui éparpille nos adieux
Aux quatre coins de l´univers
Dans la neige en hiver
Et l´été dans le vert de nos gazons

Le vent qui sème la tempête
Et qui affole la raison
Et qui fait les quatre cents coups
Et qui fait les quatre saisons

Le vent qui emporte nos voix
Toutes nos voix perdues d´avance
Dans ce pays par trop immense
Où les voix perdent la raison

Le vent qui fait claquer ma porte
Le vent que le diable l´emporte
Au plus profond de ses enfers
Et qu´il emporte ma chanson

Georges D’Or

samedi 19 octobre 2013

Le Survenant

Acrylique

Le Survenant

Un soir d’automne, au Chenal du Moine, comme les Beauchemin s’apprêtaient à souper, des coups à la porte les firent redresser. C’était un étranger de bonne taille, jeune d’âge, paqueton au dos, qui demandait à manger.
— Approche de la table. Approche sans gêne, Survenant, lui cria le père Didace.
D’un simple signe de la tête, sans même un mot de gratitude, l’étranger accepta. Il dit seulement :
— Je vas toujours commencer par nettoyer le cochon.
Après avoir jeté son baluchon dans l’encoignure, il enleva sa chemise de laine à carreaux rouge vif et vert à laquelle manquaient un bouton près de l’encolure et un autre non loin de la ceinture. Puis il fit jouer la pompe avec tant de force qu’elle geignit par trois ou quatre fois et se mit à lancer l’eau hors de l’évier de fonte, sur le rond de tapis, et même sur le plancher où des nœuds saillaient ça et là. Insouciant l’homme éclata de rire ; mais nul autre ne songeait même à sourire. Encore moins Alphonsine qui, mécontente du dégât, lui reprocha :
— Vous savez pas le tour !
Alors par coups brefs, saccadés, elle manoeuvra si bien le bras de la pompe que le petit baquet déborda bientôt. De ses mains extraordinairement vivantes l’étranger s’y baigna le visage, s’inonda le cou, aspergea sa chevelure, tandis que les regards s’acharnaient à suivre le moindre de ses mouvements. On eût dit qu’il apportait une vertu nouvelle à un geste pourtant familier à tous.
Dès qu’il eut pris place à table, comme il attendait, Didace, étonné, le poussa :
— Quoi c’est que t’attends, Survenant ? Sers-toi. On est toujours pas pour te servir.

Extrait du roman de Germaine Guèvremont, Le Survenant.

lundi 14 octobre 2013

Marguerite

Pastel d'après une photo de Mamichat

Marguerite

M arguerite est une petite fée
À chaque printemps elle et ses sœurs
R eviennent de leur pays enchanté
G arnir les jardins et les prés
U niformément habillées de blanc et de jaune
E lles aiment être rassemblées en bouquet par les enfants
R avis de plaire à leur maman
I maginez maintenant leur peine quand
T ous leurs pétales arrachés
E lles perdent leurs pouvoirs magiques.

Extrait des Anthologies Éphémères

dimanche 6 octobre 2013

La vieille maison



La vieille maison

Il est une maison éloignée de la route
C’est un chemin de terre qui nous y conduit
Elle a connu des joies et des peines sans doute
Et de nombreux enfants ont égayé sa vie.

Aujourd’hui esseulée, belle dame elle demeure
Sous les saules parfois, elle semble pleurer
Mais ne vous y fiez pas, tout ceci n’est qu’un leurre
Pour ramener à elle ceux qu’elle a tant aimés.

lundi 30 septembre 2013

Que restera-t-il

Pastel

Que restera-t-il

Un jour, en regardant de vieilles photos, mes enfants diront : « Elle est partie bien vite » ou « elle a eu une longue vie bien remplie », selon l’âge de ma mort.  Que leur restera-t-il de moi ?  Le souvenir d’une mère aimante et dévouée ?  Ou sévère et exigeante ?  Auront-ils la nostalgie de leur enfance à la maison ?  Mes petits-enfants dans le tourbillon de la vie moderne penseront-ils à moi quelques fois ?

Et, bien des années plus tard, quand les photos auront jauni, que mes proches seront partis à leur tour, se trouvera-t-il quelqu’un encore intéressé à ces vieilles reliques ?

Qui habitera la maison où j’ai tant travaillé ?  Mes fleurs, mes arbres me survivront-ils longtemps ?  Mes albums de pastels et de poèmes qui ont tant de valeur pour moi, seront-ils brûlés ?  Aurai-je laissé quelques marques de mon passage ici-bas ?

Toutes ces questions restent sans réponses.

Ou dira-t-on, pour paraphraser la chanson de Guy Béart :

Elle était simple quidam,
Son père était quidam,
Sa mère était quidam
Et elle est morte quidam aussi.

dimanche 22 septembre 2013

L’ automne

Acrylique d'après une photo de Annicklic

L’ automne

Au printemps des fleurs, en automne la lune
En été une brise fraîche, en hiver la neige
Si votre esprit n’est pas encombré d’un inutile fatras
La vie merveilleuse s’ouvre devant vous

(Wu-Men-Kuan)

La vieille barque
Envahie d’herbes sauvages
Bouquet d’automne

La nuit s’étire
Les amoureux se réchauffent
L’érable en rougit

(Solange Raymond)

mardi 17 septembre 2013

Le bouquet

Acrylique 30 x 15 cm

Le bouquet

Que faites-vous là petite fille
Avec ces fleurs fraîchement coupées
Que faites-vous là jeune fille
Avec ces fleurs ces fleurs séchées
Que faites-vous là jolie femme
Avec ces fleurs qui se fanent
Que faites-vous là vieille femme
Avec ces fleurs qui meurent


J’attends le vainqueur.

Jacques Prévert, Paroles