Pastel d'après une photo de Meretnature Pour la fête des Mères
Le dernier adieu de Rachel
C’est au mois de mai 1992 que Rachel, assise dans son fauteuil roulant poussé par son gendre, et accompagnée de son Ernest, est venue revoir la maison où elle a vécu avec sa famille durant vingt-cinq ans.
C’était une vieille maison ancestrale de six pièces, en bois jaune avec les garnitures brunes et munie d’une bay-window à l’avant. À l’arrière, un vieux garage de bois qui ignorait la peinture et une cour immense, avec des arbres, trois pruniers, des framboisiers, un potager et des fleurs autour de la maison.
Pour la première fois depuis leur départ de leur Kamouraska natal, ils se sentaient vraiment chez eux. Ils avaient comme voisins deux familles dont la cour côtoyait la nôtre.
Souvent, les soirs d’été, les jeunes voisins faisaient de la musique, et tout le monde se réunissait dans la cour. Ça chantait et faisait la fête parfois très tard.
Puis les enfants se sont mariés les uns après les autres. La maison se vidait, mais ils revenaient très souvent. Tout l’été, les enfants et petits-enfants venaient se baigner dans la piscine paternelle et pique-niquer dans la cour.
Puis un jour, mes parents durent quitter ce paradis quand un promoteur acheta tous les terrains et démolit le duplex des voisins pour construire des condos dans ce site enchanteur. Leur maison a été épargnée parce qu’elle était classée patrimoniale, mais ils ont dû la quitter quand même.
Mais, en ce matin ensoleillé du mois de mai, ce n’était pas à ces malheurs qu’elle pensait, Rachel, quand elle dit de sa voix faible et chevrotante de femme atteinte de la sclérose latérale amyotrophique : « Que c’était beau ! Que c’était beau ! »
C’était la dernière fois qu’elle voyait sa maison. Un mois plus tard, elle décédait.
Bonne fête Maman !



