vendredi 7 mai 2010

Le dernier adieu de Rachel

Pastel d'après une photo de Meretnature

Pour la fête des Mères


Le dernier adieu de Rachel

C’est au mois de mai 1992 que Rachel, assise dans son fauteuil roulant poussé par son gendre, et accompagnée de son Ernest, est venue revoir la maison où elle a vécu avec sa famille durant vingt-cinq ans.

C’était une vieille maison ancestrale de six pièces, en bois jaune avec les garnitures brunes et munie d’une bay-window à l’avant. À l’arrière, un vieux garage de bois qui ignorait la peinture et une cour immense, avec des arbres, trois pruniers, des framboisiers, un potager et des fleurs autour de la maison.

Pour la première fois depuis leur départ de leur Kamouraska natal, ils se sentaient vraiment chez eux. Ils avaient comme voisins deux familles dont la cour côtoyait la nôtre.

Souvent, les soirs d’été, les jeunes voisins faisaient de la musique, et tout le monde se réunissait dans la cour. Ça chantait et faisait la fête parfois très tard.

Puis les enfants se sont mariés les uns après les autres. La maison se vidait, mais ils revenaient très souvent. Tout l’été, les enfants et petits-enfants venaient se baigner dans la piscine paternelle et pique-niquer dans la cour.

Puis un jour, mes parents durent quitter ce paradis quand un promoteur acheta tous les terrains et démolit le duplex des voisins pour construire des condos dans ce site enchanteur. Leur maison a été épargnée parce qu’elle était classée patrimoniale, mais ils ont dû la quitter quand même.

Mais, en ce matin ensoleillé du mois de mai, ce n’était pas à ces malheurs qu’elle pensait, Rachel, quand elle dit de sa voix faible et chevrotante de femme atteinte de la sclérose latérale amyotrophique : « Que c’était beau ! Que c’était beau ! »

C’était la dernière fois qu’elle voyait sa maison. Un mois plus tard, elle décédait.

Bonne fête Maman !

samedi 1 mai 2010

Le vieux solitaire

Acrylique sur toile 40x30 cm

Le vieux solitaire

Je suis tel qu’un ponton sans vergues et sans mâts,
Aventureux débris des trombes tropicales,
Et qui flotte, roulant des lingots dans ses cales,
Sur une mer sans borne et sous de froids climats.

Les vents sifflaient jadis dans ses mille poulies.
Vaisseau désemparé qui ne gouverne plus,
Il roule, vain jouet du flux et du reflux,
L’ancien explorateur des vertes Australies !

Il ne lui reste plus un seul des matelots
Qui chantaient sur la hune en dépliant la toile.
Aucun phare n’allume au loin sa rouge étoile ;
Il tangue, abandonné tout seul sur les grands flots.

La mer autour de lui se soulève et le roule,
Et chaque lame arrache une poutre à ses flancs ;
Et les monstres marins suivent de leurs yeux blancs
Les mirages confus du cuivre sous la houle.

Il flotte, épave inerte, au gré des flots houleux,
Dédaigné des croiseurs aux bonnettes tendues,
La coque lourde encor de richesses perdues,
De trésors dérobés aux pays fabuleux.

Tel je suis. Vers quels ports, quels récifs, quels abîmes,
Dois-tu les charrier, les secrets de mon cœur ?
Qu’importe ? Viens à moi, Caron, vieux remorqueur,
Écumeur taciturne aux avirons sublimes !

(Léon Dierx)

lundi 26 avril 2010

Promenade au bord de l'eau

Avec le printemps, beaucoup de travail à l'intérieur et à l'extérieur, pas beaucoup de temps pour peindre. J'ai pensé vous emmener faire une promenade à un endroit que j'aime beaucoup, le bord de l'eau.
Départ de l'église Saint-Vincent-de-Paul


En face de l'église, le couvent où j'ai étudié devenu résidence pour personnes en perte d'autonomie
En contre-bas, maison pour malades en phase terminale


Au loin, un pont en construction qui reliera Montréal-Est à Laval


Sur l'autre rive : Montréal-Nord


Au bord de l'eau


Un ciel d'avril


Un moment de repos avant de remonter la côte


Voilà, la promenade est terminée. J'espère que vous avez apprécié.

mardi 20 avril 2010

L'oiseau bleu

Acrylique sur toile cartonnée

L’oiseau bleu

Il était ce matin près de ma porte
De tout l’hiver, je ne l’avais vu
Comme cet air doux que le printemps apporte
De son refuge, il était revenu

Par petits sauts, il avançait sur la neige
Cherchant des miettes à picorer
Mais l’écureuil qui déjoue tous les pièges
Chaque jour venait tout dévorer

On dit qu’ils ne sèment ni ne moissonnent
Et que du Ciel, Dieu veille sur eux
Mais si l’hiver ils ne chantonnent
C’est peut-être qu’ils sont malheureux

Mais aujourd'hui, flotte dans l’air
Quelques sons miraculeux
La renaissance de la terre
Qu’annonce le petit oiseau bleu

mercredi 14 avril 2010

Avec le temps

« Avec le temps » est un défi d'Abeilles50

Avec le temps

Belles dames d’un temps éloigné
Où alliez-vous ainsi habillées
Le dimanche sur le mont Royal
Pour la promenade dominicale
Ou sur la rue Sainte-Catherine
Faire du lèche-vitrine
Je vous vois en fiacre allant
Accompagner monsieur au restaurant
Ou au burlesque, ma chère
Qui faisait tant rire nos grand-mères
Mais je me mets les pieds dans les plats
C’est autre chose et tout cela
Ainsi coiffées et habillées
Vous suiviez la mode de l’année

vendredi 9 avril 2010

L'insomniaque

(d'après l'oeuvre originale de Chrisandra Neustaedter)

L’insomniaque

Dormir, je voudrais dormir,
Mais mon esprit vagabonde,
J’imagine des accidents qui me font frémir
Ou je règle les problèmes de tout le monde

Je me tourne sur le dos
J’essaie de me détendre
Je m’imagine au bord de l’eau
Insidieusement, mes démons me hantent

Chaque jour, des gens de mon âge meurent subitement
Infarctus, anévrisme, AVC
Il me semble que je respire difficilement
Mon cœur bat dans mes oreilles, je prends mon pouls apeurée

Je me convaincs que tout va bien
Un regard au cadran, changement de position
Du sous-sol, un bruit me vient
Vigilante, je me tiens à l’attention

Je me relève pour la troisième fois
Un regard par la fenêtre du salon
La rue est noire, il fait froid
Peut-être qu’une tisane… Essayons

Trois heures, enfin le sommeil
Le réveil sera difficile
Pourquoi mon corps veut-il rester à l’état de veille
Quand la nuit est si paisible ?

(2007)

vendredi 2 avril 2010

Le gai temps de Pâques

D'après une photo d'écureuil bleu

Le gai temps de Pâques

J’aime le gai temps de Pâques
Le soleil reprend de la vigueur
Sortent les premières fleurs
Temps béni par les oracles

Les outardes reviennent de leur migration
Leurs cris rassembleurs nous font tendre l’oreille
Et lever les yeux vers le ciel
Pour admirer leur vol en formation

La sève monte dans les arbres
Apparaissent les bourgeons prometteurs
De feuillages aux multiples couleurs
Les étals regorgent de produits de l’érable

Sortent les arrosoirs et les balais
L’heure est au grand nettoyage
La ville a besoin d’un grand ménage
Pour retrouver tous ses attraits

J’aime les jours saints
Qui rappellent avec émotion
La pénible passion
De Jésus le Saint des Saints

J’aime le gai temps de Pâques
J’aime la nature en résurrection
J’aime la rivière en agitation
J’aime le retour des oiseaux dans ma cour qui fôlâtrent