mercredi 18 mars 2009

Le printemps


L’oiseau bleu

Il s’est installé sur une branche de mon tilleul
Exhibant son beau plumage sur l’arbre dégarni
Comme une apparition sortie de son linceul
Il osa quelques notes au son appauvri

Je connais par coeur

Je connais par cœur
Le bruit de la neige qui s’épuise en gros sel
La sève de l’érable qui tombe goutte à goutte dans le sceau
Le pépiement des oiseaux dans le gazon retrouvé

Je connais par cœur
La joie de marcher en souliers sur les trottoirs dégagés
Le plaisir de porter des vêtements légers
D’ouvrir les fenêtres pour aérer après cinq mois enfermés

Je connais par cœur
La caresse du soleil sur ma peau blanchie
La senteur des lilas et le muguet qui sort de terre
Je connais par cœur tout cela
Mais chaque année, c’est comme la première fois

mercredi 11 mars 2009

La légende du cheval blanc


La légende du cheval blanc

Sur un cheval blanc, je t’emmènerai
Défiant le soleil et l’immensité
Dans des marais inconnus des dieux
Loin de la ville uniquement nous deux

Et des milliers de chevaux sauvages
Feront un cercle pour nous isoler
N’entends-tu pas toutes les guitares
Criant de joie dans la chevauchée

Sur un cheval blanc, je t’emmènerai
Défiant le soleil et l’immensité
Dans des marais inconnus des dieux
Loin de la ville uniquement nous deux

Pourtant, je sais que ce n’est qu’un rêve
Pourquoi faut-il que ce ne soit qu’un rêve
Mais l’hymne à l’amour je l’entends déjà
J’entends déjà son alléluia, léluia, léluia

Claude Léveillée

mercredi 4 mars 2009

Vivement le mois de mai

Voici ma dernière peinture sur l'hiver pour cette année.
J'aime l'hiver et ses sports stimulants, mais après trois mois et demi...

Vivement le mois de mai

Samedi matin ensoleillé de février
Je sors me promener
Et acheter mon journal préféré
Les trottoirs sont glacés
Les petites rues mal déblayées
Il fait un vent à tout arracher
Qui me gèle le nez et les extrémités
Courir pour me réchauffer, c’est risqué
Vlan ! Me suis allongée sur la chaussée
Heureusement rien de cassé
Juste l’orgueil malmené
Je suis rentrée enragée
Vivement qu’arrive le mois de mai

Si j’étais un arbre ou une plante, je sentirais la douce influence du printemps. Je suis un homme… Ne vous étonnez pas de ma joie.

Auteur chinois anonyme (XIe siècle).

mercredi 25 février 2009

Mon amie de Bretagne

À Marguerite-Marie à sa demande

Mon amie de Bretagne

Elle se promène
Dans les rues de Rennes
Avec son appareil-photo
Écoles, mairie, affiches mêmes
Suivez-la dans les rues de Rennes
La ville vous connaîtrez bientôt

Pourtant, elle est sereine
Sans être souveraine
Elle ne porte pas de sabots
Mais elle n’est pas vilaine
Sur sa photo, je la vois à peine
Je l’ai peinte aux doigts et non aux pinceaux

Si vous la rencontrez vous-mêmes
Dans les rues de Rennes
Donnez-lui ce petit cadeau
Il vient d’une région lointaine
C’est un bouquet de Marjolaines
En amitié pour ses topos

jeudi 19 février 2009

Soir d'hiver

(Ma première peinture acrylique)

Soir d’hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai !

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !…

Émile Nelligan (1879 - 1941)

jeudi 12 février 2009

À mon Valentin


À mon Valentin

Je le connais depuis si longtemps
Qu’il fait partie de moi-même
Et malgré ses cheveux blancs
Il sait que je l’aime

À vingt ans, nous étions voisins
Il s’appliquait à me faire la cour
Je l’évitais, dame ! il faut bien
Mettre un peu de piquant en amour

Petit à petit, je me suis laissée prendre
À l’autel, nous avons convolé
J’ai choisi la bonne pente
L’oiseau au nid est resté

Et voilà qu’aujourd’hui l’on fête
Valentin le saint de l’amour
Fleurs, chocolat, sonnez trompettes
Elle veut déclarer son amour

À mon ami, mon amant, mon homme
Le seul que j’ai vraiment aimé
C’est mon cœur que je donne
Il est encore tout enflammé

jeudi 5 février 2009

Méditation sur l'hiver


Méditation sur l’hiver

Dire que v’là l’hiver qui s’amène,
Que v’là l’frett qui commence pour tout d’bon !
Si y en a à qui ça fait d’la peine,
C’toujours pas aux marchands d’charbon.

L’charbon, ça s’donne pas pour des prunes
Ceux qu’en achètent s’en sont aperçu.
On s’chauffe toujours pas à la lune,
Avec des p’lottes de neige, non plus !

Les savants qui font d’z’écritures
Disent qu’icitte c’t’un pays d’santé.
Moé, j’connais notre température,
J’trouve pas qu’y’a d’quoi tant s’en vanter.

L’frett, c’est beau pour les personnes
Qu’ont une maison ben à couvert,
Pis qu’ont une fournaise qui ronronne.
Eux autres savent pas c’que c’est, l’hiver.

Quand j’pense que y’a du pauvre monde
Dans des maisons frettes comme dehors
Qu’écoutent le vent qui sile, qui gronde
Dans leu’ ch’minée pis leu’ poêle mort.

Y’a des pauvres enfants qui grelottent
Pis qui s’couchent, le soir, sans manger,
Des mères de famille qui sanglotent
Quand l’mari rentre, découragé.

C’pas étonnant qu’i’ait pus d’courage !
Pus d’pain ! Pus d’charbon ! Pus un sou !
Y’a pas moyen d’trouver d’ouvrage ;
Y’a eu beau chercher tout partout.

Par d’sus l’marché, l’propriétaire
Va v’nir collecter son loyer
Pis prendra pas d’temps à les faire
J’ter dehors s’y peuvent pas payer.

C’est vrai que j’sus pas millionnaire,
Y s’en manque ben, pis d’un grand bout ;
J’sus par riche, mais j’ai pas d’misère,
Pis, on a ben un p’tit peu d’tout !

J’pense à ça quand j’ai d’z’idées noires,
Que j’me sens pas trop su’ l’piton,
Qu’j’ai envie d’ruer dans les menoires,
Pis ça me r’met te-suit’ su’ l’ton.

Émile Coderre, alias Jean Narrache (1893-1970)
(Écrit pendant la crise des années 30)