lundi 8 octobre 2007

Le miroir

(d'après l'oeuvre originale d'André Larchevêque)


Le miroir

Cette jeune femme tout de blanc vêtue,
Coiffure haute et taille fine,
Qui sort de l’église au bras de son élu,
Elle est amoureuse et se fout des rides.

Là-bas dans le parc, avec deux jeunes enfants,
Souriante, enjouée, l’air d’une gamine,
Peut-elle imaginer en ce moment
Qu’un jour, elle aura des rides.

Travaillant sans relâche du matin au soir,
Pour le bien-être de sa famille,
C’est sans trop s’en apercevoir
Qu’insidieusement se sont installées les rides.

Est-ce bien la même femme devant son miroir,
Légèrement enrobée, les cheveux blanchis ?
C’est une femme heureuse, remplie d’espoir,
Une grand-mère ridée, mais qui aime la vie.

Dimanche


Dimanche

Dimanche ensoleillé de juin,
Journée magnifique pour jouer dans les fleurs,
Tout est vert, d’un vert qu’on ne voit qu’à ce temps-ci de l’année.

Un vent léger chatouille les feuilles,
Le chant des oiseaux revigore mon canari abattu par sa mue,
On voudrait arrêter le temps pour jouir pleinement de ce spectacle.

Elle aussi voudrait arrêter le temps,
Encore jeune, assisse dans son fauteuil roulant, atteinte d’une maladie dégénérative,
C’est probablement son dernier été.

Gatineau en musique

(Normand au parc de la Confédération à Ottawa)

Gatineau en musique

Partis tôt le matin, nous roulons sur l’autoroute 15 sur la musique de Joe Dassin. Plus de 25 ans après sa mort, sa musique nous touche encore et les paroles n’ont pas vieilli. Nous entrons dans Lachute sur « Mon village au bout du monde », vient ensuite « Le Café des Trois-Colombes », suivi de « Dans les yeux d’Émilie », chanson qui parle du froid de l’hiver ressenti plus intensément par la perte de l’amour. Nous sommes alors dans un petit village pauvre et perdu dans les bois, où l’on doit se sentir terriblement isolé par les froides journées d’hiver. C’est avec la poésie de Clémence que nous longeons les doux paysages de la rivière des Outaouais. Et nous entrons dans Gatineau sur la musique cubaine de Beach Party.

Notre première visite est pour le Musée national des beaux-arts du Canada à Ottawa. On y expose des paysages d’Auguste Renoir. Je suis impressionnée par la façon dont il peint des personnages sans les dessiner vraiment. Après la visite, nous décidons de luncher dans un parc voisin du musée. Je prends en photo une jeune punk avec une ombrelle près d’un lampadaire. J’aimerais la peindre au pastel.

Ensuite, nous nous promenons dans quelques rues avoisinantes en nous attardant dans les rues du marché. C’est un coin pittoresque avec cafés-terrasses qui fait penser à l’Europe.

En fin d’après-midi, nous arrivons chez Joanne et Daniel. Avec eux, nous nous rendons au quai des Artistes pour la croisière sur la rivière des Outaouais. Croisière de quatre heures, avec souper. Le temps est doux, le décor magnifique et la fin du jour nous réserve un splendide coucher de soleil qui rosit tout le paysage.

Nous passons la nuit chez nos amis. Le retour s’effectue par le même chemin. Cette fois, c’est la musique mexicaine qui prolonge la fête. La fin du voyage se fait avec Dan Bigras et ses chansons de Reggiani, Léveillée, Vigneault, Ferland et Richard Desjardins avec sa voix rocailleuse qui donne plus de poids aux paroles et qui fait mal, d’un mal qui fait du bien.

Voyager en musique, c’est comme voyager deux fois.

Mary Collin


Mary Collin

En 1951, j’ai neuf ans. Depuis ma naissance, j’habite sur la rue de la Fabrique. L’appartement de quatre pièces devenu trop petit, nous déménageons sur la rue St-Joseph.

Sur cette rue, juste en face de la rue St-Césaire, il y avait une maison étrange qui abritait un petit restaurant, aujourd’hui nous dirions dépanneur, mais à l’époque, ce mot n’existait pas.

Cette maison était en bois recouvert de papier goudron noir. Les seules décorations étaient des annonces de 7up, Coke et Pepsi en métal, clouées au mur de la façade. Un énorme thermomètre ornait le cadrage de la porte. La galerie était basse avec une seule marche. La cour était envahie de broussailles et de mauvaises herbes qui empêchaient la libre circulation.

Mary Collin habitait cette demeure. C’était une septuagénaire à l’accent anglais. Son petit restaurant occupait la pièce avant de la maison. L’intérieur ne reniait en rien l’extérieur de la bâtisse. Il était sale et encombré.

Il y avait un comptoir vitré qui contenait des bonbons vendus « à la cenne » : lunes de miel, boules noires, caramels, encores, etc. Un réfrigérateur contenait de la crème glacée et des friandises. Pour cinq sous, on pouvait avoir un cornet à une boule, un fudgesicle, un popsicle. Les revels et les mel-o-rolls se vendaient dix sous ainsi que les cornets à deux boules. Sur des tablettes derrière le comptoir, des cigarettes en paquets et quelques conserves qui dataient.

Il y régnait une malpropreté qui serait intolérable de nos jours.

Une ouverture munie d’un rideau en guise de porte donnait sur la cuisine qui était elle aussi à l’abandon. Sur la table, une montagne de vieux journaux et des cochonneries de toutes sortes. Mary n’avait qu’un petit espace de libre pour mettre son assiette.

Pour nous les jeunes, c’était une sorte de sorcière. D'abord, elle était étrangère, elle s’était mariée et avait vécu aux Etats-Unis. Et ce qui n’arrangeait rien, elle était protestante et tirait aux cartes.

J’étais trop jeune à l’époque pour la faire parler. Aujourd’hui, comme j’aimerais qu’elle me raconte sa vie, comment elle en était venue à s’installer à St-Vincent-de-Paul et en quelle année !

Quatre ans plus tard, nous déménagions à nouveau et je ne l’ai plus revue. Puis un jour, j’ai appris sa mort, comme ça…

Sa maison est toujours là, rénovée. Et peu de personnes aux alentours ont connu Mary Collin…

jeudi 4 octobre 2007

Framboises


Framboises

Framboises, petits fruits délectables
Placées sur ma table
Dont les enfants se régalent
J’en suis ravie.

Vous poussez près de l’étable
D’une expansion redoutable
La pluie vous est agréable
Le soleil aussi.

Vos petits grains haïssables
Sous les dentiers des notables
Sont très désagréables
Tant pis !

En juillet, c’est formidable
Des confitures en bocal
Pour déguster en tartinade
Me mettent en appétit.

Chocolat et framboises, collation agréable
Framboises et crème glacée, dessert appréciable
Toutes autres suggestions acceptables
Merci.

Le secrétaire

(Village cher à mes parents)


Le secrétaire

C’est un vieux meuble très rustique
Fabriqué dans le bois d’une vieille armoire
Mon père, amoureux romantique,
L’a fait de ses mains par les soirs.

Il y a beaucoup d’amour dans ce secrétaire
Aucun clou n’est apparent
Il contient quatre tablettes et trois compartiments
Un panneau s’abaisse pour écrire en solitaire.

La porte est munie d’une vitre et ferme à clé
Son cadeau, maman l’a toujours protégé
Il avait bonne place au salon
C’était une commande de Cupidon.

Depuis vingt ans, j’en suis propriétaire
Encore propre, il est très avancé en âge
J’y suis attachée, j’en suis fière
Je l’ai reçu en héritage.

La grande folle


La grande folle

C’est dans l’allée des fruits
Que la première fois je la vis
Grande dégingandée
Vêtue pour provoquer.

Cheveux teints blonds, décolleté plongeant
Pantalon taille basse et bedon apparent
Elle souriait satisfaite d’elle-même
Les employés riaient sous cape, tout de même.

Soudain, je reconnus
Celui qui habitait à deux rues
Homme d’apparence saine
Il s’est affirmé dans la cinquantaine.

À la voir s’exhiber fièrement
Elle semble satisfaite du changement
Mais les rires observés sur son passage
Laissent croire à une âme troublée bien davantage.