mercredi 26 août 2015

Fin d'été

Pastel

Fin d'été

L’oiseau reste muet, puisqu’il n’a plus de nid
Dans le trou du vieux mur dont s’écroule la brèche.
Nous faisons sous nos pas craquer la feuille sèche.
Comme le soir vient tôt ! Comme le bois jaunit !

La nature et nos cœurs ont un frisson subit.
Dès le soleil tombé, monte une brume fraîche.
Octobre est loin encor, mais comme il se dépêche !
Ah ! mon amour ! l’été s’en va, l’été finit !

Mets ces dernières fleurs, maîtresse, à ton corsage,
Et, devant ce déjà si triste paysage,
Asseyons-nous tous deux sur le bord du chemin.

Je me sens toujours plein de désirs ! Je t’adore !
Mais les cheveux sont gris que caresse ta main,
Et ce sera bientôt l’automne… Oh ! pas encore !

François Coppée

samedi 8 août 2015

Petite pomme

Acrylique

Petite pomme

La petite pomme s’ennuie
De n’être pas encore cueillie
Les autres pommes sont parties
Petite pomme est sans amie.

Comme il fait froid dans cet automne
Les jours sont courts ! Il va pleuvoir
Comme on a peur au verger noir
Quand on est seule et qu’on est pomme.

Je n’en puis plus, viens me cueillir,
Tu viens me cueillir Isabelle ?
Comme c’est triste de vieillir
Quand on est pomme et qu’on est belle.

Prends-moi doucement dans ta main,
Mais fais-moi vivre une journée,
Bien au chaud sur ta cheminée
Et tu me mangeras demain.

Géo-Norge 1898-1990

dimanche 5 juillet 2015

La pluie, cette musique

Pastel

La pluie, cette musique

La pluie tombe, que d’eau, que… do
Mon jardin est éploré
À l’abri restent les fourmis
Combien de temps durera son califat
Fermé demeure le parasol
Quel drôle d’été nous avons là
Et c’est sans raccourcis
Que je retourne faire do… do

dimanche 21 juin 2015

Les deux petits enfants

Pastel

Les deux petits enfants

Je prendrai par la main les deux petits enfants ;
J'aime les bois où sont les chevreuils et les faons,
Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches
Et se dressent dans l'ombre effrayés par les branches ;
Car les fauves sont pleins d'une telle vapeur
Que le frais tremblement des feuilles leur fait peur.
Les arbres ont cela de profond qu'ils vous montrent
Que l'éden seul est vrai, que les coeurs s'y rencontrent,
Et que, hors les amours et les nids, tout est vain ;
Théocrite souvent dans le hallier divin
Crut entendre marcher doucement la ménade.
C'est là que je ferai ma lente promenade
Avec les deux marmots. J'entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour,
Et ce que Jeanne enseigne à Georges. En patriarche
Que mènent les enfants, je réglerai ma marche
Sur le temps que prendront leurs jeux et leurs repas,
Et sur la petitesse aimable de leurs pas.
Ils cueilleront des fleurs, ils mangeront des mûres.
Ô vaste apaisement des forêts ! Ô murmures !
Avril vient calmer tout, venant tout embaumer.
Je n'ai point d'autre affaire ici-bas que d'aimer.

Victor Hugo :  L'Art d'être grand-père (1877)

lundi 8 juin 2015

Le chemin des écoliers

Pastel

Le chemin des écoliers

Par le chemin des écoliers
S’en allaient deux petits souliers,
Deux souliers seuls au monde
S’en allaient par la terre ronde,
S’en allaient, les semelles molles,
À regret, loin de leur école,
S’en allaient chez le cordonnier
Où l’on voit grandir les souliers,
Où l’on voit souliers d’écoliers
Devenir souliers d’ouvriers,
Et parfois avec de la chance,
Devenir souliers de finance,
Et souvent, avec de l’étude,
Devenir souliers de grand luxe,
Et toujours, avec de l’amour,
Devenir souliers de velours.

Maurice Carême

mardi 2 juin 2015

L’absence

Pastel

L’absence

L’absence jette une certaine amertume qui serre le cœur.
Mme de Sévigné

Mieux vaut ton absence que ton indifférence.
Serge Gainsbourg

Méfiez-vous de ceux qui disent du bien de vous, ils racontent souvent du mal en votre absence.
Anne Barratin

La liberté n’est pas l’absence d’engagement, mais la capacité de choisir.
Paul Coelho

L’absence d’un enfant, d’un amour,
L’absence est la même ;
Quand on a dit je t’aime un jour,
Le silence est le même.
Jean-Louis D’abadie (Chanté par Serge Réggiani)

lundi 25 mai 2015

La maison de campagne

Acrylique

Je remets cette publication de septembre 2007 parce que je me suis fracturé une vertèbre et que je ne peux rester longtemps assise dans la même position.

La maison de campagne

J’ai dix ans et comme à chaque année pour les vacances, mon père nous amène à la campagne dans sa maison natale.  C’est une maison tricentenaire.  En partant du village, on y accède par un petit chemin à travers champs.

Soudain, elle apparaît, vieille maison en bois plusieurs fois refaite, mais elle a gardé ses portes basses et ses fenêtres à persiennes nommées familièrement « jalousies ».  Elle possède une grande galerie à l’avant, mais c’est toujours par le côté que nous entrons.

Nous arrivons dans la cuisine d’été, il y a un poêle à bois, la table et les chaises ont été confectionnées par l’habitant et peintes en brun.  Il y a une rangée de vieilles chaises berçantes le long du mur côté sud et près de la fenêtre la grosse berceuse de mon oncle d’où il surveille les mouvements de la mer et les variations de la météo.

Cette maison est immense, comme les familles.  À part la cuisine d’été, elle possède une grande cuisine, c’est la salle de réunion familiale, un salon avec un vieux piano à queue, des photos d’ancêtres sur les murs et un certificat attestant la donation de ces terres par Samuel de Champlain.  Trois chambres complètent le rez-de-chaussée.

À l’étage quatre grandes chambres avec des meubles anciens et sur les lits, de belles catalognes et courtes pointes faites par les femmes de la maison.  Un grenier complète le tout.  Dans ce grenier où nous allons parfois les jours de pluie, quatre rouets qui s’ennuient de leurs années actives, de vieilles malles remplies de linge et de souvenirs et aussi des objets anciens dont on ne se sert plus.

Tous les mercredis, tante Lucie chauffe le poêle à blanc et fabrique son pain pour la semaine dans le fournil derrière la cuisine d’été.  Ce jour-là, nous avons droit à une bonne tartinade de pain frais.

Autour de la maison, quelques jeunes arbres et des fleurs.  À l’ouest un grand jardin, à l’arrière, un poulailler et un peu plus bas à l’est en allant vers l’étable, quelques cochons.

C’est un endroit de rêve pour des enfants de la ville.  Je comprends mon père d’avoir eu toute sa vie le mal de son coin de pays.

Cette maison renferme plein de souvenirs heureux et malheureux.  Elle fut témoin de nombreux mariages, décès et naissances.

Ah !  si les murs pouvaient parler, ils en auraient long à raconter.